#021 – et autres bonnes intentions 🎆
🎧 Écouter l’intro d’Emily
Bonjour et bonne année à toutes et à tous !
On commence cette année avec quelques nouvelles et avancées.
Sur la newsletter tout d’abord, avec un nouveau format pour la 4ème rubrique en fin de mail : « Entendu En Live ». L’idée nous est venue en repensant aux lives mensuels de la communauté ANM.
La parole des abonné·es y est libre et a fait régulièrement surgir des pépites qui mettent le doigt sur un sentiment partagé chez les artistes. Il est question de numérique bien sûr, mais aussi de développement de carrière et des usages et attentes de l’industrie musicale.
Du coup on leur a proposé de partager et relayer ici une phrase, une expression, des mots qui disent quelque chose de notre époque et les abonné·es ont accepté. Si ces paroles résonnent en vous, n’hésitez pas à nous écrire : on leur transmettra au live mensuel suivant (en l’occurrence, le 23 janvier prochain).
Plusieurs choses du côté de l’abonnement à la communauté aussi :
- nous avons refondu le site lartistelenumeriqueetlamusique.fr et notamment la page ‘Communauté’ avec les liens d’achat à jour pour les abonnements (annuel et mensuel) : on passe désormais par un outil de paiement européen !
- nous avons lancé l’espace dédié à la communauté ! On y retrouve : toutes les ressources réservées aux abonné·es (checklists, compte-rendus & plus) et le calendrier des lives mensuels et masterclasses.
- la prochaine masterclass aura d’ailleurs lieu lundi 19 janvier prochain et sera donnée par Clara sur le thème « Tout ce qu’il faut savoir pour choisir son outil de newsletter ». On mettra toutes les infos dans l’espace communauté.
Voilà. C’est ‘tout’ pour ce mois-ici, et bonne lecture !
– Emily
Au programme de cette édition
L’édito d’Emily : Economie de l’Intention
Les tips de Clara : Des réseaux sociaux sur la télévision ?
- Le billet de Suzanne : Que faudrait-il pour que 2026 nous réussisse ?
Entendu en Live (ANM) : Ce qu’on laisse en 2025
Nos rubriques

🎧 Écouter l’édito d’Emily en version audio
Oui, c’est un jeu de mots sur l’Economie de l’Attention qui elle, est là depuis le tout début du XXème siècle (en 1902 précisément lorsqu’un français, Gabriel Tarde, a publié le premier tome de ses recherches sur la ‘Psychologie économique’).
Je trouve ça d’ailleurs assez savoureux qu’environ 100 ans plus tard, ce soit un autre français, Patrick Le Lay, alors PDG de TF1, qui ait déclaré en 2004 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».
Formule brutale ? Oui. Fausse ? Non. Et parfaitement assumée par l’intéressé, au passage.
A l’époque on a haussé les sourcils, aujourd’hui on hausse les épaules.
Car nous sommes en 2026 et les patrons de la tech, les Seigneurs des Algos comme je les ai nommés dans mon édito précédent, sont à la tête d’empires de l’attention, maîtrisant parfaitement et à échelle vertigineuse les ressorts de cette économie.
La danseuse Lemon Torres, invitée dans le podcast ‘Overturned’ de Kelly Stonelake (une ex-Meta devenue lanceuse d’alerte), résume parfaitement les choses : “Mark Zuckerberg’s passive income is our active scrolling. Like that is legitimately the business that they have created : the business of mining our attention.”
(Traduction : Les revenus passifs de Mark Zuckerberg proviennent de nos scrolls actifs. C’est légitimement le business qu’ils ont créé : le business de l’exploitation de notre attention.”)
C’est un fait, hors ligne et en ligne : l’économie de l’attention monétise notre temps de cerveau humain disponible. Son corollaire, la publicité omniprésente désormais dopée à l’IA, s’est infiltré dans chaque interstice de nos vies.
Les annonceurs mesurent absolument tout : notre temps passé sur chaque réseau, nos temps de visionnage, d’écoute et de lecture, de partage et d’échange et plus encore.
Les Seigneurs des Algos se repaissent de nos faiblesses et se refont avec notre dispersion.
Car l’économie de l’attention est cynique et prospère.
Je dirais même qu’elle prospère car elle est cynique : les patrons de la tech invoquent la protection des plus vulnérables contre les violences en ligne pour justifier le blocage de toute régulation de leurs réseaux, tandis que Google écrit directement aux ados la veille de leur 13ème anniversaire pour leur montrer comment supprimer le contrôle parental sans en informer leurs parents.
Et pourtant. La saturation est là et la content fatigue aussi : le temps passé sur les réseaux sociaux recule (-10%) pour la première fois depuis leur création. On constate la même tendance autant chez les Millenials que la Gen Z.
L‘Economie de l’Attention se meurt et ce n’est pas plus mal.
Je trouve ça même plutôt positif et rassurant : si nous commençons collectivement à économiser notre attention, c’est que nous prenons conscience que nous méritons mieux.
Mieux que la manipulation et le cynisme, que la prédation et l’absence de consentement, que la dépossession et l’exploitation.
Nous méritons des espaces dont les fondements sont nos choix, nos envies, nos décisions prises avec intention : libres, éclairées, désirées, assumées et souveraines.
Dans une économie de l’intention, on n’aura plus besoin de techniques marketing qui appuient là où ça fait mal, nous comparant et nous mettant en compétition, nous faisant douter de nous-mêmes et tomber en dépression.
Dans une économie de l’intention, on reprend notre pouvoir. On donne du sens. On met du vrai. On fait avec intention. Ainsi chaque action (en ligne ou hors ligne) a du poids, chaque statistique un sens.
Si on doit demander l’attention des fans (on n’y coupe pas, même dans une économie de l’intention), on choisit de partager des infos qui vont les intéresser, pas juste nous servir.
Donc on zappe les vanity metrics et on se focalise sur les signaux d’une vraie relation humaine avec les gens, sur son message et sa démarche d’artiste, sur la manière d’inviter les fans à rejoindre notre aventure collective et comment leur faire plaisir.
On ne prend la parole que pour partager de nouvelles infos, surtout dans sa newsletter. Et si les fans ne suivent pas, ce n’est peut-être pas un problème de répétition mais plutôt un problème d’intérêt. On change notre fan attitude dans une économie de l’intention.
On s’affranchit de la pression pour être sur tous les fronts. On prend concrètement une constellation de petites décisions qui sont autant de grandes victoires.
On commence avec une stratégie Direct-to-Fan basique, capable de marcher avec 2 à 3 réseaux maximum, dont l’utilité doit être évidente. Si on s’est déployé·e sur trop de réseaux, on fait le tri : ceux qui nous servent vraiment, on les garde. Sinon, bye-bye ou on les met de côté.
On coupe l’herbe sous le pied aux Seigneurs des Algos qui savent qu’il nous suffit d’ouvrir le flux à contenus pour être ensorcelé·es et sous emprise.
On traite notre temps et notre énergie comme des ressources rares et précieuses et on (re)prend conscience de notre valeur et de l’importance de s’écouter. Sans concession. Rien de personnel. Juste un besoin vital.
Et si c’est le chaos dans notre tête, on coupe tout et on ferme les yeux. On ralentit. On respire profondément. On peut même faire une petite sieste.
Et une fois qu’on a fait le vide, on se demande : qu’ai-je envie de faire, là, maintenant ?
On réfléchit avec son corps et on l’écoute : ai-je l’énergie de faire tout ça ?
Si je ne peux faire qu’un truc à la fois, je commence par quoi et dans quel ordre ?
Si je ne peux partager qu’une seule info dans un post : laquelle je choisis ? Qu’est ce qui compte vraiment ?
Et une fois qu’on a décidé, on prend 15mn pour ne faire que ça. Pas de distraction. Juste le focus sur une seule chose.
C’est tout.
Le début d’année est l’occasion de poser une intention : une envie, une direction, une boussole pour donner du sens et un sens aux mois à venir.
Mon intention à moi, ici et maintenant, est de vous souhaiter d’affirmer les vôtres, cette année et toutes celles à venir. 🙂

🎧 Écouter les tips de Clara en version audio
En décembre 2025, Instagram a annoncé se lancer sur… la télévision.
Pour l’instant, l’application n’est disponible qu’aux États-Unis, en test, et permet de regarder des Reels sur son écran de télé. Ils sont regroupés en centres d’intérêt et les utilisateur·ices peuvent liker et commenter directement sur leur écran.
Mais pourquoi faire, me direz-vous ? Je me suis posée la même question…
J’ai découvert que d’autres avaient essayé avant : TikTok avait une version TV avant de se faire bannir (temporairement aux USA), X a aussi tenté… D’autres services, typiquement digital natives, sont aussi intéressés par cet écran, comme Spotify qui essaye de nouer un partenariat avec Netflix pour y diffuser ses podcasts vidéos.
La frontière entre la télévision et les réseaux sociaux se brouille : Netflix a lancé des vidéos courtes visibles sur l’app mobile, TikTok permet d’uploader des contenus vidéos longs et horizontaux, Samsung commercialise un modèle de télévision qui pivote, permettant de passer du mode horizontal au mode vertical en un tour d’écran. Enfin, YouTube a depuis bien longtemps compris que l’écran de télévision était crucial pour son développement avec une application dédiée, accessible depuis n’importe quelle télévision connectée.
Tout ça pour dire, la télé n’est pas morte.
Cela fait des années que l’on prédit la fin de ce média : personne ne regarde, c’est que pour les vieux (vive l’âgisme hein), il n’y a pas de programmes intéressants, trop de télé-réalité, trop de publicités… (Ironique, quand on sait qu’on en voit une centaine par jour sur un réseau social, et que dire de la télé-réalité, dont les candidat·es investissent largement les réseaux sociaux.)
Certes, les usages de la TV ont changé et notamment chez les 15-24 ans qui ne passent plus qu’environ 1h par jour devant la télé (contre 3h30 par jour chez les +65 ans). Mais au total, ces plus jeunes consomment plus de 5h de contenu vidéo par jour…
La télévision reste donc un objet central des foyers en France, avec 89% d’entre eux équipés d’un téléviseur.
Il faut dire aussi que l’offre télévisuelle a changé : entre les services de vidéos à la demande, les apps de replay, les plateformes dédiées comme YouTube ou Twitch, l’ère des 5 chaînes est bien révolue. Le temps passé devant la télévision reste donc… stable ces dernières années, avec 3h19 regardées par jour en France. On enregistre une baisse de seulement 7 minutes en 25 ans.
Alors, raison supplémentaire de s’y mettre pour les réseaux sociaux ! D’autant plus que le nouveau eldorado du marché publicitaire, c’est la CTV. La Connected TV (tout simplement) est la nouvelle promesse des publicitaires pour faire gagner en visibilité tous les annonceurs, grâce à une nouvelle variété de diffuseurs et donc de formats publicitaires. Aucune raison pour les réseaux sociaux de passer à côté de cette manne financière…
Alors c’est très intéressant tout ça, mais on en fait quoi ?
Si on en revient à Instagram, cette décision d’aller sur la télévision a notamment été motivée parce que « la communauté » a indiqué que regarder des Reels ensemble était plus fun. La consommation de vidéos courtes n’est plus donc seulement une activité individuelle, où 1 personne parle à une multitude de personnes isolées devant leur écran. Les réseaux sociaux ne sont plus sociaux malgré leur promesse originelle, et c’est la télévision qui remet du commun et du « vivre ensemble » dans les usages vidéo. Lorsque vous mettez en ligne une vidéo, qu’elle soit sur Instagram, TikTok ou YouTube, pensez donc bien au public : le contenu peut être regardé par une personne seule mais aussi plusieurs personnes ensemble. Cela implique peut-être moins de vues et moins d’engagements (avez-vous déjà essayé de commenter une vidéo YT sur la TV ? C’est dur à faire). Cela n’implique pas moins de conversations, mais elles auront lieu IRL et sans moyen de les tracker.
Autres recommandations : privilégiez des contenus de haute qualité, pour qu’ils soient bien visibles sur un grand écran de télévision et ne vous bridez pas dans la forme et la longueur, quelle que soit la plateforme que vous utilisez, tant que c’est cohérent avec votre démarche et votre positionnement. Si c’est votre crédo, n’hésitez pas à feuilletonner vos prises de parole, transformer vos contenus en série à binger. Le story-telling, ça marche.
Mais on reste prudent·es sur cette annonce. Dans une interview, Adam Mosseri, le patron d’Instagram, a aussi expliqué n’avoir pas encore de certitudes sur la manière dont cette application TV allait être utilisée. Est-ce que ça pourrait changer radicalement Instagram ? « Il se pourrait que nous ayons besoin de contenu premium pour fonctionner », a-t-il déclaré. « Il se pourrait que nous ayons besoin de vidéos longues. Et si oui, qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Car c’est littéralement un marché que nous avons explicitement décidé de ne pas pénétrer. » Bientôt le retour d’IGTV ? 😉
Pour conclure : on se concentre sur ce qu’on veut dire, à qui et comment. Le format idéal sera le vôtre, et l’endroit de visionnage sera choisi par vos fans. Et ces deux paramètres ne seront pas uniquement dictés par une énième plateforme ou une énième lubie d’un milliardaire assoiffé d’argent…
Car à la fin, le temps d’écran n’est pas illimité, et l’attention des fans non plus…

🎧 Écouter le billet de Suzanne en version audio
Pour 2026,
je nous souhaite, à nous, artistes, manageur.euse.s, producteur.ice.s, tourneur.euse.s, éditeur.ice.s, développeur.euse.s, indés, majors, bricoleur.euse.s et poètes du streaming,
une liste qui déborde d’envies et d’utopies souhaitables
Des musiques lentes et des morceaux longs dans un monde pressé
Des tubes imprévus
Des carrières qui durent plus longtemps qu’un short
Des artistes qui vivent de leur musique, même sans TikTok miracle
Des artistes protégé.e.s et pas trahi.e.s
Des artistes libres et pas formaté.e.s
Des artistes enfin audibles, visibles
dans les lignes minuscules des plateformes.
Des crédits correctement affichés, de l’auteur.ice au/à la batteur.euse en passant par l’ingénieur.euse du son
Des métadonnées propres, complètes, respectées
Des streams qui ne soient pas seulement des chiffres,
mais des écoutes réelles et des coups de cœur humains,
des oreilles attentives,
des vies traversées par trois minutes de vérité.
Des intelligences artificielles
qui assistent sans effacer,
Qui nous aident à terminer un morceau à 3h du mat’
qui inspirent sans remplacer,
qui bousculent et questionnent nos pratiques, sans confisquer nos voix.
Des professionnel.le.s reconnu.e.s, pas invisibles
Des labels qui accompagnent plus qu’ils ne possèdent
Des indépendant.e.s qui le restent sans s’épuiser
Des musicien.ne.s et des technicien.ne.s payés.e décemment
Des studios où l’on expérimente,
des home-studios connectés au monde,
des fichiers qui voyagent vite
mais des idées qui prennent le temps
Des scènes locales dynamiques et remplies de spectateur.ice.s curieux.ses
Des lieux culturels ouverts, chauffés, vivants
Des festivals qui prennent des risques artistiques et les assument
Des tournées écologiquement moins absurdes
Des médias qui écoutent avant de commenter
Des journalistes qui doutent
Des playlists éditoriales qui osent autre chose que la nostalgie rentable
Un audiovisuel public soutenu par son pays et soucieux d’exposer des œuvres nouvelles, des artistes en développement à son audience avide de découvertes
Des politiques publiques qui comprennent que la musique n’est pas un hobby
Des financements pensés pour le long terme et qui soutiennent celles et ceux qui prennent le plus de risques économiques et temporels.
Des modèles économiques
qui tiennent debout,
des revenus plus justes,
des négociations collectives
plus fortes que l’isolement et l’individualisme.
Des débats complexes sans slogans simplistes
Et surtout
des chansons qui comptent
des silences qui réparent
des collectifs qui tiennent
Je nous souhaite de continuer,
malgré les crises,
malgré les mutations numériques,
malgré le bruit,
à croire que la musique
reste un art avant d’être un contenu,
une rencontre avant d’être un flux,
un métier avant d’être une donnée.
Bonne année de création,
de résistance,
d’innovation,
et de succès partagé
à toutes et tous
dans cette industrie musicale
qui ne tient que par celles et ceux
qui la font vibrer, avec cette idée, toujours un peu folle,
que la musique peut encore changer quelque chose.
Bonne année 2026.

🎧 Écouter la rubrique des abonné·es ANM
Le 19 décembre dernier, lors de notre live mensuel avec la communauté ANM, nous avons fait un tour de table sur ce que les abonné·es laissent derrière elleux en 2025 :
- “Le bidouillage”
- “Les urgences”
- “Le stress”
- “La confusion des genres entre musique et boulot”
- “La désorganisation”
- “Le temps passé sur les réseaux sociaux”
Et vous, qu’avez-vous laissé en 2025 ?
On vous souhaite d’effectivement d’y laisser le chaos et la confusion pour gagner en clarté et en sérénité en cette année 2026 !

L’éclectisme est au cœur de notre quotidien. Dans cette rubrique, nous partagerons chacune le titre qui a marqué notre mois.



Emily // “True Punks” – Thérèse
Clara // “Mio Cristo Piange Diamanti” – Rosalía
Suzanne // “Amouraché” – The Gem
Vous pouvez retrouver tous nos titres du mois dans des playlists dédiées (sur Apple Music, Qobuz, Spotify et Deezer) :
On se retrouve le 15 février 2026 pour la prochaine édition !


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