🤲 Se (re)centrer

#018 – avec une nouvelle recrue !

Surprise pour cette newsletter d’octobre : nous sommes ravies d’accueillir Suzanne Combo, artiste et déléguée générale de La GAM (Guilde des Artistes de la Musique) au sein de nos colonnes ! C’était important pour nous d’avoir le point de vue d’une artiste, et tous les mois, elle écrira un billet.

Pour aller plus loin, nous organisons notre live mensuel (pour les abonné·es payant·es) le 24 octobre prochain, avec Suzanne ! Ce sera l’occasion de se rencontrer, de lui poser vos questions, mais également de débattre de manière collective sur le sujet qu’elle a abordé dans son billet du mois. On s’y voit ?



Nos rubriques

🎧 Écouter l’édito d’Emily en version audio

En marketing, j’ai toujours eu du mal avec le mot « segmenter ». Je trouve cette approche limitante, car elle repose sur l’idée de cloisonnement, de séparation de ses publics selon des catégories souvent tragiquement réductrices, qui plus est.

Ça peut paraître anodin, mais je suis avant tout littéraire. Et les mots, le choix des mots justes, sont primordiaux pour moi.

Il m’est arrivé de passer des minutes, des heures, des jours, même, à réfléchir au mot précis qui me permettrait d’exprimer ma pensée et fidèlement restituer ce que je voulais dire. (Oui, je me fatigue moi-même aussi, parfois, mais c’est comme ça ; voilà la vie que j’ai choisie).

Camus disait que « mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur de ce monde ». Et il avait raison.

Les mots que nous utilisons au quotidien façonnent nos pensées et définissent toutes nos actions.

Y compris les termes marketing, et par extension, toute la terminologie utilisée communément dans les stratégies numériques.

Car le vocabulaire employé à grande échelle est essentiellement militaire et n’a pas ou plus grand chose d’artistique. 

On cible des segments d’audience pour les atteindre, les toucher. Et ces termes sont encore pires en anglais.

Sérieusement : où et quand parle-t-on encore de créer, de nourrir et développer des relations humaines ? Relations humaines qui seront mutuellement bénéfiques à long terme car elles apportent de la joie ?

Spotify et les investissements de Daniel Ek dans des IA militaires sont indissociables : à force de cibler et d’engranger des victoires sur un tableau de chasse financier, ils en ont oublié leur mission originelle. Les artistes ayant décidé de boycotter la plateforme de streaming ne s’y sont pas trompé·es :‘We don’t want our songs killing people’  (On ne veut pas que nos chansons tuent des gens ‘).

Pensons donc publics et non plus segments d’audience, parlons de liens plutôt que de reach.

Et plus globalement, arrêtons de penser action/réaction (je vise, je touche : les fans achètent).

Changeons les termes.

Don de soi et générosité valent mieux que force ni que rage…

💡LA RESSOURCE COMPLÉMENTAIRE D’EMILY

  • « Songs not bombs », deux compilations sur Bandcamp dont 100% des bénéfices sont reversés au PCRF – Palestine Children’s Relief Fund (le Fonds de soutien pour les enfants de Palestine). Même si ça date de 2024 on peut encore donner. Peut-être éviter le merch physique plutôt soutenir l’album numérique, vu les problèmes d’envoi avec les US (taxes douanières).
  • Le livre « Slow Marketing » d’Anaïs Baumgarten qui vient de sortir et détaille en 350 pages et 50 actions éthiques, soutenables et engagées comment pratiquer un marketing inclusif et écoresponsable.

🎧 Écouter les tips de Clara en version audio

Le langage guerrier de la publicité est bel et bien là, alors soyons des stratèges de la pub, mais restons des personnes avec des émotions dans notre manière de l’envisager.

L’objectif publicitaire de votre pub est à différencier de l’objectif de votre stratégie marketing et de votre communication.

L’objectif de votre stratégie, c’est ce que vous voulez à long terme : tisser des liens sur la durée avec votre public.

L’objectif de votre publicité, c’est ce que vous voulez que la pub fasse pour vous, tout simplement.

Sur Meta (mais ça fonctionne de la même manière sur TikTok Ads ou LinkedIn Ads), vous avez le choix entre plusieurs objectifs publicitaires quand vous créez une campagne.

À chaque objectif, une manière de configurer la campagne.
À chaque objectif, un résultat attendu.

> Notoriété : Le but est de montrer la publicité au plus grand nombre possible
Résultat attendu : un nombre de couvertures et/ou d’impressions élevé·es

> Trafic : le but est que le plus de monde clique sur le lien de votre publicité
Résultat attendu : un nombre de clics de lien et/ou de vues de page de destination élevés

> Interactions : le but est d’encourager le plus de monde à s’engager avec votre page ou votre post
Résultat attendu : des messages, des vues de vidéos, un abonnement à votre page/compte et/ou des likes, commentaires et partages de votre post

> Prospects : le but est de collecter les coordonnées de contact de personnes intéressées (pour une newsletter par exemple)
Résultat attendu : des formulaires remplis, plus d’appels téléphoniques ou de conversations engagées par messages privés

> Promotion de l’application : je ne vous fais pas un dessin, le but est que votre app soit téléchargée
Résultat attendu : un nombre de téléchargements de votre application élevé

> Ventes : le but est d’encourager la vente de vos CDs, billets ou encore d’augmenter le nombre de streams
Résultat attendu : des conversions élevées (aka le nombre de personnes qui ont effectivement acheté/streamé grâce à votre pub)
Attention, pour utiliser cet objectif publicitaire il faut implémenter une solution technique (pixel et/ou Conversions API) sur le site internet où la vente s’opère, pour permettre de suivre les conversions.

Plusieurs exemples :

  • Je veux augmenter ma vente de billets pour mon concert dans 15 jours : objectif de trafic ou de conversion (si vous avez les moyens techniques)
  • Je veux que les fans (re)découvrent l’artiste depuis son changement de nom : objectif de notoriété
  • Je veux augmenter le nombre de mes followers sur Instagram : objectif d’interaction
  • Je viens de lancer la billetterie, je veux que les gens commencent à chercher des infos sur les différentes dates de ma tournée sur mon site  : objectif de trafic

Attention, un objectif de publicité n’est pas une fin en soi. La publicité doit rester un outil au service d’un projet, et non l’inverse.
Avoir plus de followers sur Instagram, ok. Mais pour quoi faire ?
Avoir plus de vues et de likes sur un Reel annonçant la sortie de son album, ok. Mais pour quoi faire après ? Et puis surtout, qu’est-ce que ça veut dire d’avoir 10 000 vues sur une vidéo, à part qu’on a fait de la pub ?

Comment convertit-on cette visibilité orchestrée ?

La publicité est un levier pour atteindre ses objectifs stratégiques, et il ne faut pas s’arrêter à quelques jolis chiffres fournis par le Gestionnaire de publicité. (Surtout quand on sait que Meta a menti plusieurs fois sur ceux-là…) Donc choisissez bien vos objectifs publicitaires pour servir vos objectifs à long terme.


🎧 Écouter le décryptage de Suzanne en version audio

Que l’on soit artiste, directeur·ice artistique, ou community manager·euse, dès lors que nous œuvrons dans la musique, nous travaillons dans un monde de nouvelles technologies qui évoluent vite, de plus en vite et, malheureusement ou heureusement, bien plus vite que la musique.

Quand on a 20 ans, on est aussi tendance que la tendance, aussi à la page que ChatGPT, aussi agile que la V4.5 de Suno. 

Bref, à 20 ans, on gère, on a le cardio et le muscle nécessaires pour suivre ces outils intelligents dans leur course folle au progrès et à la productivité.

A 40 ans, on ne va pas se mentir, ça peut devenir plus difficile.

Moi je maîtrisais Myspace, j’uploadais des photos et des vidéos clips en html direct sur le mur de ma page artiste, et j’étais amie avec Tom, comme tous les usagers du réseau. 
(Cette phrase n’a peut-être plus aucun sens pour une personne de 20 ans aujourd’hui, alors que c’était mon univers et que je « masterisais » ahah !)

Est-ce que, dans une dizaine d’années, un reel, un DM, un feed ou être follow back par Squeezie n’auront pas été jetés aux poubelles du vent ?

Ces concepts, algos, plateformes, auront sans doute été cent fois remplacés et rendus obsolètes par des technologies toujours plus innovantes et disruptives.

Le problème, c’est que la durabilité de la carrière d’un·e artiste semble dépendre de sa visibilité numérique, qui elle-même dépend de sa maîtrise des outils numériques : c’est un peu la course à l’échalote comme dirait ma grand-mère !

Si, hélas, on finit toujours par être le ou la has been de quelqu’un·e, ce phénomène a tendance à s’accentuer chez les artistes à qui l’on demande de s’adapter en permanence et de maîtriser des outils hyper évolutifs pour espérer faire carrière.

C’est en tout cas un sentiment que partagent nombre d’artistes membres de La GAM. Beaucoup se sentent vulnérables, voire découragé·es face à la pression pour être (et rester !) visibles sur internet. Nous sommes pas mal d’artistes à nous demander si c’est encore possible de faire carrière dans la musique alors qu’elle est catapultée à la vitesse de la lumière dans le progrès technologique permanent.

Penchons-nous sur l’étymologie1 du mot « carrière » au XVIème siècle ou ses diverses définitions : il fait tantôt référence à un espace clos dans lequel évoluer, tantôt au cours de la vie active scandée par un ou plusieurs emplois. La notion de carrière c’est la capacité d’un individu à se projeter dans le temps, en fonction : de son contexte et de ses compétences professionnelles actuelles.

Comment donc, quand on est artiste, se projeter dans le temps quand son contexte professionnel évolue à vitesse grand V ?

Comment construire une carrière artistique durable dans une industrie musicale instable ?

Quand les ordinateurs chauffent, il est bon de garder la tête froide. Le monde change mais, après tout, on est toujours son habitant·e !

Être artiste à 20, 40 ou 60 ans, mener une carrière artistique durable c’est, je pense, rester proche de soi, tout en continuant de regarder le monde bouger, une main tendue vers la nouveauté et l’autre posée sur le cœur.

Je crois qu’on peut utiliser les nouvelles technologies tout en préservant son authenticité. Et pourquoi pas même revenir aux basiques ? C’est aussi ce que peut souhaiter le public : de l’échange, du réel, des vibrations, des sentiments partagés, de l’humanité.

Ma prof de piano au Conservatoire me disait : « c’est à toi de dominer ton instrument, pas l’inverse ». En faisant abstraction de cette vision old school et verticale de la pratique musicale, on pourrait peut-être appliquer l’esprit de cette phrase aux outils numériques et tenter d’inverser le rapport de force et reprendre le contrôle. 

Je vois de plus en plus d’artistes s’éloigner des réseaux sociaux et proposer d’autres moyens de tisser du lien avec leur public, comme une newsletter hebdomadaire plutôt que des posts quotidiens, des écoutes d’album dans des auditoriums. La liste est infinie.

Pour mener une carrière durable dans ce monde en mutation, il faut s’efforcer de  prendre du recul et entrer en résistance contre le diktat des algorithmes.

Parce qu’ils uniformisent nos goûts, notre sensibilité et qu’ils n’obéissent qu’à la rentabilité. Parce qu’ils sont adaptés aux industries du divertissement mais finalement assez mal aux expressions artistiques multiples, originales, troublantes, sensibles et puissantes.

Je crois que pour être et rester visible, il faudra de plus en plus cultiver sa singularité pour se démarquer, et c’est une excellente chose pour l’avenir des arts et de leurs passeur.euse.s.

Quoiqu’il en soit, il est important de rester focus sur l’essentiel : s’attacher à continuer à cultiver ce que l’on sait faire, ce que l’on aime par dessus tout, quelque soit son âge : de la musique.

Parce qu’au final, si les technologies s’envolent, les artistes, elleux, demeurent.


🎧 Écouter la chronique de Lila en version audio

J’ai été voir Parcels en concert à Bercy et c’était génial. Du coup, j’ai cherché des artistes émergents qui feraient un style de musique similaire. Et devinez quoi ? Eh bien, j’avais déjà trouvé avant, en fait… Je ne sais même plus comment, ni quand, ni pourquoi j’ai téléchargé cet album sans l’écouter, mais j’ai bien fait.
 Laissez-moi vous présenter le groupe Tohu Bohu ! En termes de sonorités, ils se situent, selon eux, entre Marvin Gaye et Jungle. Pour ma part, j’aurais plutôt dit entre Parcels, Michael Jackson et Prince, mais ça fonctionne aussi.

Ils ont sorti leur premier album en juin dernier, intitulé Always Room for More, et j’ai l’impression que le titre définit bien le mood général du projet. C’est un peu le genre d’album que tu mets quand tu reçois tes potes à la maison autour d’une bonne raclette (oui, j’en rêve) et qu’il y a plein de petites lampes allumées partout pour une ambiance chill et cocooning.

L’autre image que j’avais en écoutant, c’est celle d’un kaléidoscope, vous savez, ce truc incompréhensible plein de couleurs et de formes qui bougent, et quand tu regardes dedans, tu comprends encore moins, mais tu kiffes ? Bah voilà, je ne peux pas mieux résumer ce projet que ça.

Mon titre préféré de l’album, c’est Tough Choices, avec un refrain addictif, notamment grâce à la ligne de guitare.

💡LA RESSOURCE BONUS DE LILA

Et pour garder un peu ce mood de fin d’été (puisque je reste dans le déni) voici une playlist qui va vous ramener un peu de soleil.


L’éclectisme est au cœur de notre quotidien. Dans cette rubrique, nous partagerons chacune le titre qui a marqué notre mois.


Blog

  • Coups de bluff 😶‍🌫️

    Coups de bluff 😶‍🌫️

    L’édition du 15 avril 2026 : #024 – AFK : Away From the Keyboard ❌⌨️ L’édito d’Emily : La revanche de l’IRL Les tips de Clara : La pub se porte bien. Pour longtemps ? Le billet de Suzanne : Diversité musicale : au-delà des chiffres, l’urgence de la découvrabilité Entendu en Live (ANM) :…

  • Un certain regard

    Un certain regard

    L’édition du 15 avril 2026 : #024 – AFK : Away From the Keyboard ❌⌨️ L’édito d’Emily : La revanche de l’IRL Les tips de Clara : La pub se porte bien. Pour longtemps ? Le billet de Suzanne : Diversité musicale : au-delà des chiffres, l’urgence de la découvrabilité Entendu en Live (ANM) :…

Laisser un commentaire

En savoir plus sur L'artiste, le numérique et la musique

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture