#027 – Pour en finir avec un jour sans fin 😈
🎧 Écouter l’intro de Clara
Bonjour à toutes et tous,
Et bienvenue pour cette édition de juillet ! Au programme : l’impression de déjà-vu certes, mais surtout, l’espoir et la volonté d’un jour nouveau (sans la canicule et Mercure rétrograde 🤞). Emily parle Direct-to-Fan, meilleur atout contre les cycles infinis de l’actu, j’aborde la fin de l’ère de la pub pas chère sur les réseaux sociaux et Suzanne pose la question du brouillage de frontières entre le début et la fin du récit autour de l’expérience live proposée par les artistes. Un magnifique programme, non ?
Pour la suite, quelques dates à retenir :
- Le prochain live de la communauté aura lieu le 24 juillet, à midi heure de Paris. On parlera de l’été… et de la rentrée !
- La newsletter ne prend pas de vacances : on vous donne rendez-vous le 15 août pour une édition spéciale, avec nos recos culturelles pour l’été ☀️
- Comme annoncé, le tarif de la formation e-learning ‘Mettre en place une stratégie Direct-to-Fan anti-panique et anti-dispersion’ a été augmenté à 197€ le 01 juillet dernier. Il reste à 39€ pour les abonné·es de la communauté. D’ailleurs le prochain bootcamp aura lieu à la rentrée : cet été sera l’occasion parfaite pour avancer 😉
Bonne lecture et/ou écoute !
– Clara
Au programme de cette édition
L’édito d’Emily : Rester en mode survie, vraiment ?
Les tips de Clara : La dernière dinguerie de Meta Ads
- Le billet de Suzanne : L’artiste, la scène et l’algorithme
Entendu en Live (ANM) : « Ici, on se dit la vérité »
Nos rubriques

🎧 Écouter l’édito d’Emily en version audio
Cet édito a failli s’appeler ‘Wanted : carrière et sérénité’ mais à vrai dire, c’est le mot « Wanted » qui m’intéressait pour donner une idée du Far West qu’est devenu le contexte dans lequel évoluent les artistes; et l’hypervigilance qui vient avec.
Tout va vite, tout change et dans un monde où il faut d’abord survivre avant de pouvoir vivre, l’horizon se rétrécit, le temps se raccourcit et il devient bien difficile de penser à long terme. Il n’y a plus que le futur proche, on se projette à 1 semaine, 1 mois, au mieux à 3 ou 6 mois, maximum 1 an, mais rarement plus.
On parle aujourd’hui tout le temps de projet, mais quasiment plus de carrière.
Car les règles, les outils et les algorithmes changent si vite qu’il est hasardeux de concrètement imaginer un avenir radieux, et si j’ose dire, un avenir tout court.
En conséquence, on se concentre sur ce que l’on croit pouvoir maîtriser : le temps court, les rendez-vous imminents. La prochaine sortie, le prochain concert, la prochaine story sur Instagram.
C’est incontournable, certes, mais que veut-on au-delà de cela ? Quelle trajectoire globale veut-on dessiner ?
On confond les enjeux d’un cycle court avec des objectifs à long terme.
On amalgame stratégies de sortie et stratégies direct-to-fan.
Tout le monde est en mode survie et c’est mauvais pour notre santé collective.
Il faut pourtant savoir lever le nez du guidon pour visualiser là où on veut aller.
Aujourd’hui, pourtant, la réussite d’un cycle conditionne celle du suivant.
Le schéma se répète à l’infini : sortir quelque chose pour ‘avoir de l’actu’, accumuler du volume (likes, streams, vues), communiquer ses résultats aux pros afin de les rassurer pour qu’ils restent dans l’aventure… Repartir pour un tour.
Or les effets délétères de cet éternel mais infernal recommencement sont nombreux : on reste enfermé·es dans une logique de cycle dont le seul objectif est de vendre, ce qui créé une relation transactionnelle, verticale et à sens unique où l’artiste reste seul·e sur un piédestal. Le temps, l’argent et les efforts déployés en stratégie n’ont pour but que de créer des fans d’un résultat : un enregistrement, un clip, un concert. Sans jamais approfondir la conversation au-delà d’un avis binaire sans suite ni contexte : ‘j’aime/j’aime pas’.
La pression du chiffre est si forte que la plupart des artistes perdent de vue l’essentiel : nouer une relation solide avec leur public.
Et c’est bien dommage puisque mettre en place une vraie stratégie Direct-to-Fan, bien faite et sincèrement portée par l’artiste, permet justement de s’affranchir d’une logique de cycle pour se projeter au long cours.
L’objectif n’est plus de vendre mais plutôt d’établir une connexion humaine forte et horizontale avec chaque fan. Ce n’est peut être pas très scalable, mais c’est beaucoup plus enrichissant personnellement. L’artiste est enfin libre de parler de sa démarche plutôt que de ses seuls résultats et ce faisant, de recontextualiser ses choix créatifs, d’associer les fans à son ambition artistique et humaine et de redonner toute sa valeur à sa musique.
Si je vous dit que le Direct-to-Fan, c’est la nouvelle assurance-vie des artistes, vous me direz, à juste titre, que ce n’est pas sexy… mais je vous répondrai que ça permet de sortir du mode survie.
On essaie ?

🎧 Écouter les tips de Clara en version audio
Le 1er juillet dernier, Meta a mis à jour certaines parties de ses conditions d’utilisation et ça blague pas… Désormais, la firme appliquera 3% de frais supplémentaires sur toutes vos factures publicitaires.
Outre le fait que ça rend les pubs encore plus chères et que ça demande une petite gymnastique mathématique pour prévoir en amont son budget final, la justification de Meta est hallucinante.
Certain·es ont peut-être reçu des mails à ce sujet, mais donc depuis le 1er juillet, Meta répercute sur les annonceurs, soit toutes les personnes qui utilisent sa régie publicitaire, la « taxe GAFA ».
En effet, depuis 2019, l’Etat Français a mis en place une taxe sur les services numériques. Tous les services en ligne permettant de faire de la publicité ciblée, qui enregistrent minimum 750 millions d’euros de chiffre d’affaires au niveau mondial dont 25 millions d’euros en France, sont concernées par cette taxe de 3%, sur le montant des sommes perçues en contrepartie des services numériques taxables rattachables à la France. Cette taxe a été mise en application sur le territoire national, car les pays de l’Union Européenne n’arrivaient pas à trouver un accord sur ce sujet, et elle a fait beaucoup débat Outre-Atlantique. Le président Trump a notamment mis en place, en représailles, une hausse des taxes sur les produits français vendus aux USA… A noter cependant que cette taxe ne concerne QUE 27 entreprises, dont 26 américaines…
Cette taxe existe donc depuis longtemps et Meta avait précédemment décidé d’absorber son coût. Mais depuis le 1er juillet donc, Meta applique « de nouveaux frais liés à la localisation aux publicités diffusées dans certaines juridictions afin de couvrir les taxes sur les services numériques (DST) et autres frais reposant sur la localisation imposés à Meta dans ces juridictions. »
La justification de Meta, qu’on commence déjà à lire, est pathétique au possible. Extraits choisis :
- « Ces changements reflètent l’engagement continu de Meta à s’adapter aux variations de la réglementation et à respecter les normes en constante évolution du secteur. » ou comment se faire passer pour des bons élèves alors qu’ils ont provoqué la bagarre.
- « D’autres grandes plateformes numériques peuvent appliquer des frais similaires pour couvrir les coûts associés aux taxes sur les services numériques et autres frais reposant sur la localisation dans ces juridictions. » ou le principe du ‘c’est pas moi qu’a commencé !’ (Réel certes, Google fait pareil depuis 2 ans… mais est-ce une justification ?)

Bref, ce que cela veut dire c’est que pour toutes publicités diffusées en France, mais aussi en Italie et en Espagne, 3% de votre budget publicitaire total sera facturé de manière supplémentaire. Si vous faites 100€ de pub, vous serez facturé de 103€ HT. (Oui, c’est 3% hors taxe 🙃)
Si vous diffusez une publicité en Turquie ou en Autriche, ces frais s’élèvent à 5%, si vous diffusez des pubs au Royaume-Uni, ils seront de 2%.
À chaque fois, une ligne supplémentaire correspondant à cette dépense apparaîtra sur votre facture. Provisionnez donc votre budget !
Et si on diffuse sur plusieurs territoires, certains impactés par ces frais de localisation et d’autres non ? Comment on provisionne ?
Et bien, on provisionne large, mais aucune garantie… Ces frais seront calculés par rapport au budget dépensé sur ces territoires en question. Par exemple, vous diffusez une pub en Suisse, en Allemagne et en France, pour 100€. Si vous faites un ciblage simple, vous ne pouvez pas répartir votre budget selon le territoire visé (genre 40€ sur la France, 20€ sur la Suisse et 40€ sur l’Autriche) pour prévoir en amont le montant des frais de localisation. On peut le faire, mais c’est 1. Plus long à configurer, 2. C’est parfois bien de laisser Meta trouver le public le plus adéquat entre ces trois pays.
Vous allez donc découvrir, à la fin de la période de la pub, que 15,18€ ont été dépensés pour la diffusion en Suisse, 54,82€ en France et et 27,19€ en Autriche. Il vous sera facturé 1,64€ supplémentaire pour la diffusion en France et 1,35€ pour la diffusion en Autriche.
Simple, non ? C’est Meta 🙃

La première chanson a commencé. Pourtant, Orelsan n’est toujours pas sur scène. Les premières mesures de Yoroï résonnent déjà tandis qu’une caméra le film en plongée, allongé encore en coulisses sur le brancard de l’infirmerie du festival Pause Guitare. Micro à la main, la caméra le suit dans un grand plan séquence. Il scande en marchant jusqu’à la scène tandis que quelques artistes esquissent mini cascades ou autres pas de danse dans le champs visuel. Quelques poignées de main. Une accolade devenue un rituel avec un technicien. Un dernier couloir. Puis l’apparition, exactement au moment du refrain. Des milliers de spectateur·ices assistent au concert ; des centaines de milliers d’autres vivront quelques heures plus tard cette entrée iconique devenue un rendez-vous attendu sur les réseaux sociaux.
Les plateformes ont ouvert une nouvelle scène, invisible mais désormais indissociable du spectacle.
Cet été, les festivals racontent autant cette transformation que les programmations elles-mêmes. Lorsque Orelsan partage les coulisses de sa tournée avec un sens du récit devenu sa signature, lorsque Miki fait de sa proximité avec sa communauté un prolongement naturel de sa proposition artistique, le concert déborde du temps de la représentation. Il s’étire avant la première note et continue bien après le dernier rappel. Le live est devenu une histoire qui déborde du cadre scénique, et les artistes sont devenus leurs propres médias.
Longtemps, leur récit appartenait aux journalistes, aux émissions de télévision ou aux documentaires. Aujourd’hui, ils et elles construisent leur propre narration. Theodora partage les instants de vie qui façonnent sa tournée. Rilès documente son travail avec une exigence qui révèle autant l’artisan que l’interprète. Yoa partage régulièrement des séquences très brutes de préparation ou de retour de scène, sans chercher à les lisser; Theodora utilise les réseaux sociaux pour prolonger l’univers esthétique de son projet; d’autres donnent à voir leurs équipes, leurs rituels ou leurs moments de doute. Les coulisses s’invitent sur scène et participent complètement de l’expérience artistique.
Cette évolution transforme aussi l’écriture créative autant que technique du concert. Une entrée en scène spectaculaire, une scénographie pensée pour être saisie en quelques secondes, une interaction inattendue avec le public peuvent connaître une seconde existence sur les réseaux sociaux. Le moment vécu devient aussi un moment partagé.
Et cela est rendu possible aussi grâce à l’évolution technique et technologique du live et de ses captations audiovisuelles : Orelsan convoque le cinéma et fait appel au réalisateur Samien Meridja pour réaliser les captations et les vidéos de son show. L’artiste fait aussi appel aux services de l’entreprise PRG pour toute la technologie son et lumière du spectacle. La même entreprise qui a crée une tour géante pour le Central Tour du groupe Indochine.
Sur son morceau Particules, l’artiste Miki descend dans la fosse et invite le public à courir autour d’elle via un circle pit, telles « une particule qui orbite autour de toi ». Le moment est magique, le public participe à la chorégraphie et transforme le moment en véritable communion.
Cette nouvelle grammaire ouvre des perspectives passionnantes. Elle invite les artistes à penser leur relation au public bien au-delà de la durée d’un spectacle. Mais elle crée aussi une responsabilité nouvelle. Composer, répéter, jouer ne suffisent plus toujours. Il faut raconter, filmer, publier, maintenir le lien. Une fatigue narrative s’installe parfois, discrète mais bien réelle. L’artiste ne quitte plus complètement la scène ; il passe simplement d’un plateau à un écran.
Peut-être assistons-nous, au fond, à la naissance d’un nouveau contrat entre les artistes et leur public. Le spectateur n’attend plus seulement un concert. Il suit un parcours, une personnalité, un processus de création. La rencontre ne se limite plus à deux heures passées devant une scène ; elle se construit dans le temps, au fil des contenus, des échanges et des récits.
Alors que les festivals battent leur plein, cette évolution mérite d’être regardée avec curiosité. Elle dit quelque chose des réseaux sociaux, mais elle raconte surtout une redéfinition du métier d’artiste et la place qu’occupe le live dans la stratégie de la narration. Avant, le backstage avait pour unique fonction de préparer le concert, aujourd’hui, il en prépare aussi le souvenir.
À la rentrée, chacun et chacune s’interrogera sur les prochains albums, les prochaines tournées ou les prochaines innovations technologiques. Peut-être faudrait-il aussi se poser une autre question : comment raconter son travail sans laisser le récit prendre le pas sur l’œuvre ?
C’est sans doute là que se jouera l’un des grands équilibres de la création de demain.

🎧 Écouter la rubrique des abonné·es ANM
Lors du dernier live, on a parlé de plein de choses : des dernières nouveautés Spotify et ce que ça changerait -ou pas- dans leurs stratégies numériques, de booking d’artiste sans booker, de pros qui sont snobs et de publics qui ne le sont pas, de codes ISRCs détournés et des galères algorithmiques et administratives que ça engendrait.
On a aussi accueilli un·e nouvel·le abonné·e ANM qui prenait ses marques dans le groupe et à qui un·e personne abonné·e de longue date a dit une phrase qui a résonné fort : « Ici, on se dit la vérité »
Et ça m’a émue. (écoutez l’audio pour savoir qui parle mais l’aurez peut-être déjà deviné avec le style d’écriture hehe)
Parce que c’est exactement pour ça qu’on a lancé cette communauté : pour que chacun·e s’y sente le·a bienvenu·e et toujours libre de poser toutes les questions qui les taraudent.
Parce que pouvoir échanger, en tant qu’artiste autonome, avec ses pairs qui se posent les mêmes questions et vivent les mêmes galères, c’est vital; et que le le faire sans peur du jugement ni censure, c’est le seul moyen d’avancer.
Plus important encore, cette phrase montrait que la communauté ANM était aussi devenue un espace de partage et d’entraide, pas uniquement d’information, qu’elle n’avait rien de vertical et tout de solidaire.
Alors, quel que soit le sujet et quelque soit le genre musical des membres de la communauté (et la diversité d’esthétiques prouve à quel point le cloisonnement habituel n’a aucun sens), on va continuer se parler, se soutenir et s’entourer les un·es les autres tous les mois et vous n’avez pas idée comme ça me rend heureuse.

L’éclectisme est au cœur de notre quotidien. Dans cette rubrique, nous partagerons le titre qui a marqué notre mois.



Emily // « LSD Explosion (Mad Professor Dub Mix) » – Standard High Patrol
Clara // « Roaring Horns » – Dubcreators
Suzanne // « Paris Worldwide » – Busy P, Myd, twinsmatic
Vous pouvez retrouver tous nos titres du mois dans des playlists dédiées sur la plateforme de votre choix :
On se retrouve le 15 août 2026 pour la prochaine édition !


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